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Promysticalle zodiaque

Le ciel de la semaine

Les Taurides, étoiles filantes du Taureau et de la comète d’Encke

Les Taurides traversent le ciel depuis septembre et passent Halloween sans se presser. L’essaim est modeste : cinq météores par heure au mieux, sous un ciel parfait. Mais ses météores sont lents, parfois très brillants, au point qu’en 2005 des astronomes les ont surnommés « Halloween fireballs ». Il y a deux branches, donc deux maximums : le premier dans la nuit du 4 au 5 novembre, le second une semaine plus tard, sans la moindre Lune.

Carte céleste coloriée de 1825 : un taureau gris aux longues cornes blanches, tête baissée, avec Aldébaran sur la face et l’amas des Pléiades nommé sur l’épaule, Orion en bas à gauche.
Sidney Hall, Urania’s Mirror, Londres, 1825, planche 17, le Taureau (Library of Congress, restauration Adam Cuerden). Aldébaran brille sur la tête, au milieu des Hyades, et les Pléiades sur l’épaule. Les deux radiants des Taurides se trouvent dans cette constellation.

Cinq par heure, mais sans se presser

Le chiffre de référence est modeste. La liste 2026 de l’American Meteor Society, établie d’après l’International Meteor Organization (IMO), donne aux deux branches des Taurides un taux horaire zénithal (ZHR) de 5. C’est le nombre de météores qu’un observateur seul verrait en une heure si le radiant était au zénith et si le ciel montrait les étoiles jusqu’à la magnitude 6,5. À Bruxelles, le radiant ne monte jamais au zénith, 61 degrés au plus pour la branche nord, et le compte réel est presque toujours plus bas.

Cinq météores par heure, au mieux. Mais ils prennent leur temps.

Ce qui distingue les Taurides, c’est l’allure. Celles du Sud entrent dans l’atmosphère à 28,5 km par seconde, celles du Nord à 28,3, selon la même liste. Les Orionides, l’essaim d’octobre, arrivent à 66 km par seconde d’après la NASA : 2,3 fois plus vite. Robert Lunsford, sur le site de l’IMO, oppose ainsi les « few nice slow meteors » des Taurides, quelques jolis météores lents, aux « swift Orionids ».

Elles ont une autre spécialité : les bolides, des météores nés de grains plus gros que la normale. « The Southern Taurids are rich in fireballs », écrit l’IMO dans son calendrier 2026 : les Taurides du Sud font souvent grimper les signalements de bolides de septembre à novembre. Il faut pourtant de la patience. Même quand la Terre traverse l’essaim, prévenait en 2022 Apostolos Christou, de l’observatoire d’Armagh, on peut attendre plusieurs heures avant d’en voir un.

Deux branches, deux maximums

Les Taurides sont deux. Selon le calendrier 2026 de l’IMO, celles du Sud sont actives du 20 septembre au 20 novembre, avec un maximum dans la nuit du 4 au 5 novembre ; celles du Nord du 20 octobre au 10 décembre, avec un maximum dans la nuit du 11 au 12 novembre. Toutes les listes ne s’accordent pas : la liste détaillée de l’AMS fait commencer les deux branches le 13 octobre et place le maximum du Nord le 9 novembre. Nous suivons l’IMO.

Pourquoi deux ? L’article de Wikipédia consacré à l’essaim l’explique par les perturbations des planètes, de Jupiter surtout, qui ont élargi le courant de débris : la Terre en coupe « two cross sections of a single, broad, continuous stream », deux sections d’un même courant, large et continu. Les deux radiants, ces points du ciel d’où semblent partir les trajectoires, tombent de part et d’autre de l’écliptique.

Fin octobre et début novembre, les deux branches sont actives ensemble, et c’est alors, note l’IMO, qu’on observe parfois une nette hausse des bolides. La branche sud a d’ailleurs deux composantes : l’une annuelle, au maximum le 14 octobre, l’autre riche en bolides, au maximum le 5 novembre. Halloween tombe entre les deux. Le surnom anglais n’a pas d’autre mystère.

Les deux radiants sont dans le Taureau. D’après nos calculs, celui du Nord se trouve à 2,2 degrés des Pléiades, celui du Sud à 10 degrés plus au sud, à une quinzaine de degrés d’Aldébaran. Le nom de l’essaim ne tient qu’à cette perspective : les grains brûlent dans notre atmosphère, Aldébaran est à 65 années-lumière et les Pléiades à 444.

La comète d’Encke et sa famille

Les Taurides descendent de la comète 2P/Encke. Pierre Méchain l’a observée le premier, le 17 janvier 1786, mais c’est Johann Franz Encke qui, en 1819, a calculé son orbite et compris qu’elle revenait. Elle fait le tour du Soleil en 3,30 ans, la période la plus courte de toutes les comètes connues selon la NASA, et son noyau mesure environ 4,8 km. Elle repassera au plus près du Soleil en février 2027.

Encke n’est sans doute pas seule. En 2006, Porubčan, Kornoš et Williams ont découpé le complexe des Taurides en quinze filaments, à partir des orbites photographiques de la base de données de l’Union astronomique internationale. Trois des plus peuplés pourraient venir d’Encke. Ils ont aussi trouvé des liens possibles entre sept filaments et neuf astéroïdes proches de la Terre, dont certains pourraient être des comètes endormies ou de gros blocs circulant dans le complexe.

Parmi eux, 2004 TG10, repéré par le programme Spacewatch le 8 octobre 2004 : l’étude classe son lien avec un filament des Taurides du Nord parmi les quatre associations les plus probables. Son orbite ressemble à celle d’Encke, et il pourrait en être un fragment : « it may be a fragment of Comet Encke », écrit prudemment Wikipédia. Peut-être, donc, et pas davantage.

Les bolides, eux, se mesurent. En 2015, année faste, de nouvelles caméras numériques ont enregistré 144 bolides des Taurides. Pour 113 d’entre eux, Spurný et ses collègues ont reconnu une branche nouvelle, dont les orbites recouvrent la résonance 7:2 avec Jupiter : sept tours du Soleil pour les grains pendant que Jupiter en fait deux. Les masses allaient de 0,1 gramme à plus d’une tonne, et deux astéroïdes de 200 à 300 mètres, 2015 TX24 et 2005 UR, appartiendraient à cette branche, selon les auteurs.

Halloween 2005 et un éclair sur la Lune

Ces années riches en bolides, David Asher et Victor Clube en avaient publié la liste en 1993 dans le Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society, et ils annonçaient une rencontre en 2005. Elle a eu lieu. Autour d’Halloween, des bolides ont été signalés en Amérique du Nord et aux Pays-Bas, et les astronomes, raconte la NASA, ont pris l’habitude de les appeler « Halloween fireballs ». Asher décrivait des grains « about the size of pebbles or small stones », de la taille de cailloux, et tempérait : plutôt une bruine lente, « maybe one every few hours ».

Le 7 novembre 2005, à 23 h 41 en temps universel, Rob Suggs et Wesley Swift ont repéré un éclair dans la vidéo d’un télescope du Marshall Space Flight Center de la NASA, à Huntsville, en Alabama. Magnitude 7,3, à quelques degrés au sud du cratère Mairan. Avec Bill Cooke, ils ont présenté l’analyse en mars 2006 sous un titre prudent : « A Probable Taurid Impact on the Moon ».

En supposant un grain des Taurides, ils obtiennent une masse d’environ 3,8 kg et une énergie d’environ 640 livres de TNT, quelque 290 kg ; le cratère devait mesurer à peu près 3 mètres. Aucune observation indépendante ne confirme l’éclair. Les auteurs ont écarté les rayons cosmiques et les reflets de satellites, et parlent d’un impact probable. Nous aussi.

Et cette année ? En 2022, Lunsford annonçait un essaim pour 2025, sans doute plus faible que celui de 2022, puis une année 2032 qui « appears to be an exceptional year » ; l’observatoire d’Armagh voit lui aussi la prochaine rencontre favorable en 2032. Aucune des sources que nous avons lues ne fait de 2026 une année d’essaim. Attendez-vous donc aux Taurides ordinaires : quelques météores lents par heure, et un bolide si le hasard s’en mêle.

Toungouska, une hypothèse

Le 30 juin 1908, vers 7 h 14 heure locale, un corps venu de l’espace a explosé dans l’atmosphère au-dessus de la Sibérie, près de la Toungouska. Astéroïde ou comète, la question reste débattue. En 1978, l’astronome slovaque Ľubor Kresák a proposé un fragment de la comète d’Encke : l’événement coïncide avec le maximum des Bêta Taurides, un essaim de jour du même complexe, vers le 28 ou le 29 juin. Selon Wikipédia, Duncan Steel et Bill Napier ont eux aussi suggéré que les Bêta Taurides pourraient être en cause.

C’est une hypothèse, et elle a des adversaires sérieux. En 1998, Zdeněk Sekanina, du Jet Propulsion Laboratory, jugeait que les hypothèses cométaires se heurtaient à des difficultés « unsurmountable » et tenait la chute d’un petit astéroïde pierreux ou carboné pour « virtually certain ». Quant à l’idée d’un essaim de gros objets caché parmi les Taurides, Mark Boslough résumait en 2024 : « Most scientists remain skeptical that such a swarm exists ».

Où et quand regarder depuis la Belgique

Nuit du 4 au 5 novembre, maximum du Sud. Le Soleil se couche à , la nuit noire commence à . Le radiant du Sud est levé depuis , bas à l’est-nord-est ; il monte toute la soirée et passe au plus haut, plein sud, à , à 54 degrés. La Lune, un croissant éclairé à 18 %, ne se lève qu’à , dans le Lion, à plus de 110 degrés du radiant. La meilleure fenêtre va de la fin de soirée au lever de la Lune.

Nuit du 11 au 12 novembre, maximum du Nord. La Lune, presque nouvelle, se couche à , 37 minutes après le Soleil : il n’y en aura pas de la nuit. La nuit noire va de à . Le radiant du Nord, tout près des Pléiades, culmine à , à 61 degrés. Sur le papier, c’est la meilleure des deux nuits, pour un essaim qui reste maigre.

Le soir, le radiant est à l’est : tournez-vous de ce côté, conseille Lunsford. Les Taurides arrivent « in spurts », par à-coups ; comptez au moins une heure, dans une chaise longue, sous une couverture. Si la Lune est levée, tournez-lui le dos. Et ne cherchez pas de lien entre la comète et le Taureau des mythes : le radiant tombe dans cette constellation par simple perspective.

Les Taurides 2026 en cinq dates

Nuit du 4 au 5 novembre

Maximum des Taurides du Sud

Radiant au plus haut à 1 h 21, à 54 degrés. La Lune, éclairée à 18 %, ne se lève qu’à 3 h 15.

Nuit du 11 au 12 novembre

Maximum des Taurides du Nord

Lune couchée à 17 h 38 : toute la nuit sans elle. Radiant au plus haut à 1 h 03, à 61 degrés, à 2 degrés des Pléiades.

20 novembre

Fin des Taurides du Sud

Date retenue par le calendrier 2026 de l’IMO, deux mois après le début de l’activité, le 20 septembre.

22 novembre

Le Soleil entre dans le Sagittaire

À 8 h 23, le Soleil entre dans le signe du Sagittaire. La branche nord est encore active.

10 décembre

Fin des Taurides du Nord

Dernier jour d’activité selon l’IMO, sept semaines après son début, le 20 octobre.

Questions fréquentes

Combien d’étoiles filantes par heure pendant les Taurides ?
Environ cinq au maximum, dans des conditions idéales : c’est le taux horaire zénithal donné pour chaque branche. En pratique, on en voit moins. L’intérêt de l’essaim tient à ses météores lents, autour de 28 km par seconde, et à ses bolides, rares.
Quand regarder les Taurides en 2026 ?
La nuit du 4 au 5 novembre pour la branche sud, de la nuit noire, vers 19 h, jusqu’au lever de la Lune à 3 h 15. La nuit du 11 au 12 novembre pour la branche nord, toute la nuit, sans Lune. Les heures sont celles de Bruxelles.
Où regarder depuis la Belgique ?
Vers le Taureau, près des Pléiades : à l’est en soirée, plein sud vers 1 h du matin. Les météores peuvent apparaître partout dans le ciel, mais leurs trajectoires semblent partir de cette région.
2026 est-elle une année d’essaim ?
Non. Les dernières années d’essaim annoncées sont 2015, 2022 et 2025, et la prochaine rencontre favorable est attendue en 2032, selon l’IMO et l’observatoire d’Armagh.
Les Taurides ont-elles causé l’explosion de la Toungouska ?
C’est une hypothèse, avancée en 1978 par Ľubor Kresák, qui voyait dans l’objet un fragment de la comète d’Encke. Elle est contestée : Zdeněk Sekanina jugeait en 1998 la chute d’un petit astéroïde « virtually certain ».

Sources

Faits vérifiés dans les sources suivantes ; positions et heures calculées pour Bruxelles.